Livre blanc de la sécurité intérieure

les deux forces des savoirs de l’odorologie canine et chimique. Un axe
de convergence à court terme pourrait porter sur le kit de prélèvement.
Préserver l’indépendance scientifique et technique des rapprochements
cynophile et chimique, afin de disposer d’une force probante plus forte
pour les résultats corroborés.

4.7. Expérimenter la reconnaissance du visage dans l’espace public
À l’instar de ce qui se pratique dans plusieurs pays européens, il apparaît
hautement souhaitable d’expérimenter la reconnaissance faciale dans les
espaces publics, afin de maîtriser techniquement, opérationnellement
et juridiquement cette technologie à des fins de protection des Français.
Plusieurs raisons y poussent.
Les performances de la technologie progressent très vite. Tant les
Britanniques que les Allemands déclarent avoir obtenu un taux de faux
positifs réduit : 0,1 % pour les premiers en situation non contrôlée sur la voie
publique ; 0,18 % pour les seconds en situation semi-contrôlée dans une gare
très fréquentée de Berlin. Maîtriser la chaîne technologique même à petite
échelle prend du temps, et une courbe d’apprentissage est nécessaire pour
optimiser le taux d’acquisition, réduire le taux de faux positifs, qualifier les
capteurs et les bases de référence. Maîtriser la chaîne humaine en temps
réel est tout aussi délicat. Même à 0,1 %, rapporté à des flux de personnes
importants, le taux d’erreur reste très substantiel. Une chaîne de décision
humaine doit absolument être capable d’éliminer les faux positifs résiduels
et éviter des conséquences négatives pour les personnes.
Sans expérimentations ciblées, il est impossible de quantifier les difficultés
de déploiement à l’échelle de grands réseaux, en termes de charge de
calcul, de coût des matériels de déploiement, d’évaluation des différentes
catégories d’algorithmes, etc. Certaines situations graves pourraient
justifier des déploiements ponctuels rapides et mobiles, qui sont d’ores
et déjà possibles chez nos voisins. Or, sans expérimentation préalable, il
sera impossible d’activer de tels dispositifs du jour au lendemain dans des
conditions efficaces.
Les expérimentations permettraient de traiter et d’approfondir certains
paramètres. La comparaison des potentialités des différents types de
capteurs est un premier axe d’expérimentation. Certains pays privilégient
l’emploi de capteurs fixes, d’autres de capteurs tactiques tels que des
caméras posées sur trépieds mobiles ou véhicules stationnés, voire encore
des drones. D’autres encore considèrent l’intérêt des caméras-piétons
dont sont dotés certains agents de la force publique. Le deuxième porte
sur les finalités retenues, qui peuvent être soit strictement judiciaires, soit
intégrer des finalités préventives pour des motifs de haute gravité, tels que
la prévention du terrorisme ou de la réitération d’activités criminelles et
délictuelles graves (criminalité organisée, violences physiques). Le troisième
axe porte sur les cas d’usage possible en identification (par exemple
protection de bâtiments sensibles contre le risque terroriste, sécurisation
d’évènements, identification de personnes recherchées, opérations antidélinquance de gravité élevée, lutte contre le hooliganisme, sécurisation
des établissements pénitentiaires). Dans certains cas, les expérimentations
de reconnaissance faciale pourraient être ouvertes à des opérateurs non
étatiques, à des fins de localisation, à condition qu’elles soient strictement
bornées dans un espace et un intervalle de temps limités. On peut penser
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